Michel de Certeau, le voyage de l'œuvre

"Notre lieu est le monde" (Jerónimo Nadal s.j.)

Résumé des interventions

Alfonso Alfaro

MdC fut aussi un professeur qui savait encourager ses étudiants, grâce à sa capacité de s’intéresser avec enthousiasme à des sujets en principe éloignés de ses propres intérêts.

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Juan Dejo Bendezú s.j.

Exposé présenté en collaboration avec Rafael Fernández Hart s.j.

Dans la réalité péruvienne post-coloniale, l’organisation religieuse produit des formes non systématiques ou inorganiques dues à la nature coloniale des relations sociales. Il s’agit d’un processus constant d’hybridation qui maintient une tension. D’un côté, il empêche la cohésion ; de l’autre, il intègre des éléments qui l’enrichissent.

Notre analyse empruntera trois catégories à MdC, elles nous semblent essentielles pour comprendre la complexité du Pérou : la rupture instauratrice, la dialectique entre tactiques et stratégies, le rapport de l’absence à la présence. Notre postulat sera qu’il y a une réalité des pratiques religieuses qui vivent dans une « rupture » constante sans permettre l’établissement d’un statu quo.

Inigo Bocken

Critical Mysticism : Nicholas of Cusa in MdC’s Theory of Christianity and Modernity

Dans La Fable mystique, II (Paris, 2013; trad. Chicago, 2015), Nicolas de Cues, philosophe et théologien du XVe siècle, joue un rôle central, bien que  le livre soit centré sur les deux siècles qui suivent.  Quelques commentateurs ont supposé que la “découverte” du Cusain par MdC marquait un tournant sc eptique de sa pensée. Je voudrais montrer que la pensée mystique du Cusain  vient au contraire confirmer l’idée de la mystique développée dans le premier tome, et qu’elle permet à MdC d’analyser de manière plus sophistiquée le christianisme dans la modernité.

Ce long chapitre sur Nicolas de Cues est parmi les écrits les plus brillants et les plus novateurs  de l’auteur. Je souhaite montrer que MdC a trouvé chez le Cusain le chaînon qui lui manquait pour comprendre l’avenir du christianisme.

Daniel Bogner

Michel de Certeau, Contribution à une théologie du monde

Entré dans la modernité, notre monde s’est émancipé de son enracinement religieux, désormais nous en faisons l’expérience dans son autonomie. MdC est revenu plusieurs fois sur cette transformation, que beaucoup de croyants ont éprouvée comme une perte et un éloignement de Dieu. Dans la fidélité à Ignace de Loyola, il y a vu d’abord une tâche à accomplir : les chrétiens ont à comprendre à nouveaux frais ce monde, libre dans sa singularité. Traversé d’autres logiques, notre monde appelle une nouvelle spiritualité pour l’action. J’en esquisserai une définition à la suite de Michel de Certeau, en réfléchissant sur différence et expérience, dans l’expérience même de la différence.

Charlotte de Castelnau-L’Estoile

La rencontre du sauvage et du missionnaire

La mission chez les sauvages parcourt l’œuvre de MdC sans qu’elle soit véritablement au centre de son œuvre, à la différence de la question mystique. À partir de différents textes, on présentera l’expérience de la mission selon MdC, perçue comme la rencontre du missionnaire et du sauvage, incarnation de l’autre et de l’étranger, une expérience à la fois religieuse et ethnographique. On marquera combien cette vision est nourrie de sa profonde connaissance des textes des XVIe-XVIIIe siècles, mais aussi façonnée par le renouvellement de la question missionnaire dans l’Église de l’époque du Concile Vatican II. On montrera comment les intuitions de MdC permettent des lectures fécondes des sources, tel le récit de la rencontre du sauvage et du missionnaire que fait Yves d’Evreux, capucin français du début du XVIIe siècle au Nord du Brésil.

Jörg  Dünne

De l’expérience mystique au cannibalisme: MdC et l’hétérologie brésilienne

Cette contribution reprendra un projet non réalisé que Michel de Certeau avait formulé en 1978 sur les récits français de voyage au Brésil dans le contexte d’une « hétérologie », ou science de l’autre. Partant d’une brève description du champ général de l’hétérologie entre mystique et historiographie, tel qu’il était conçu par Certeau, je m’intéresserai en  particulier à la figure hétérologique de l’anthropophagie dans ces récits. À partir des textes et des gravures de Hans Staden, Jean de Léry et Théodore de Bry sur l’anthropophagie des indiens Tupi au Brésil aux XVIe et XVIIe siècles, je réfléchirai sur une possible appropriation de l’hétérologie coloniale dans la réécriture brésilienne de ces scènes de cannibalisme au XXe siècle et, plus particulièrement, dans le film brésilien Como era gostôso o meu francês  (1973) de Nelson Pereira dos Santos. Il ne s’agira pas simplement  d’« appliquer » le concept d’hétérologie à l’époque contemporaine, mais de le transformer en « pensant avec » Michel de Certeau.

Kasper Risbjerg Eskildsen

L’histoire, le temps, et le passé : sur la représentation visuelle de l’écriture de l’histoire au siècle des Lumières

À la suite de l’analyse, due à MdC,  du frontispiece de Joseph-François Lafitau s.j., Mœurs des sauvages Amériquains comparées aux mœurs des premiers temps (Paris, 1724), je me propose d’examiner quelques représentations visuelles de l’écriture de l’histoire, tirées en particulier d’ouvrages des sciences auxiliaires de l’histoire, telles que la généalogie, l’héraldique, la diplomatique et la numismatique.

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Andrés Gabriel Freijomil

Pratiques du réemploi et histoire des titres dans La Fable mystique I (XVIe-XVIIe siècle)

Je m’attacherai à décrire les pratiques de lecture, d’écriture et de réemploi en œuvre dans la matérialité de La Fable mystique I (1982).

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Marian Füssel

Les limites du voyage de l’oeuvre : la réception de MdC dans l’historiographie allemande

Je traiterai de la réception, ou plutôt de la non-réception des écrits de MdC dans l’historiographie allemande. Dans les dernières années 1980, il a été lu continuellement en théoricien de la vie quotidienne, avec une forte fixation sur la dichotomie entre stratégies et tactiques.

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Juan Diego González Sanz

La première caractéristique de l’oeuvre de MdC est son potentiel comme outil heuristique. Pluriformes et profondes, aigües et subtiles en même temps, les questions qu’il nous a léguées dans ses textes sont un aiguillon pour tous les domaines d’action et de réflexion. En matière de soins infirmiers, où la dimension théorique doit guider la réflexion sur le soin en le considérant sous tous les angles, les questions de Certeau ont aussi une forte résonance. Ici j’en considérerai trois.

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Patrick Goujon

Surin et/ou Certeau

MdC n’a cessé de se consacrer à Jean-Joseph Surin (1600-1665) par son patient travail d’édition savante, mais aussi en faisant de lui un compagnon tel qu’il semble aujourd’hui devenu une figure de sa pensée. Autour de son nom, les qualificatifs se démultiplient et le rendent proprement insaisissable. Surin ne nous atteint plus qu’à travers MdC, là-même où ce dernier ne cherchait qu’à s’effacer. Or, si MdC permet pourtant de lire encore Surin, c’est dans d’autres pages que celles qu’il lui a consacrées. Une autre figure alors apparaît.