Michel de Certeau, le voyage de l'œuvre

"Notre lieu est le monde" (Jerónimo Nadal s.j.)

Programme complet

Cette rencontre trilingue (français, anglais, espagnol), de niveau universitaire, est destinée à saluer le 30ème anniversaire de la disparition de Michel de Certeau (9 janvier 1986). Elle devrait permettre de comparer et de discuter ce que le travail continué de l’œuvre a rendu possible à travers le monde.

Choix des orateurs

Les intervenants invités sont, à quelques exceptions près, nés après 1955 ou 1960. Ils appartiennent à de tout autres générations que les amis et compagnons de Certeau. On a choisi de limiter la contribution française pour faire place à une majorité d’invités venant d’Amérique, d’Asie ou d’Europe. Ce sont des universitaires dont les travaux concernent des disciplines variées. Les uns sont historiens (pour étudier la littérature mystique ou la vie intellectuelle, les arts ou les sciences), d’autres sont philosophes ou théologiens, linguistes ou politistes, sociologues ou anthropologues, spécialistes de soins infirmiers ou encore cartographes. Rien d’étonnant à une telle diversité, car les écrits de Michel de Certeau ont traversé les frontières des pays et des langues, comme lui-même autrefois traversait les frontières des disciplines.

La plupart de ces orateurs ont rencontré Certeau post mortem, au hasard d’une citation, au détour d’une référence. S’étant informés de son œuvre, ils sont ensuite entrés en dialogue avec elle, l’ont lue et commentée avec passion et brio dans les traductions disponibles. Pour aller plus loin, plusieurs d’entre eux n’ont pas hésité à commencer ou à reprendre l’étude du français afin d’accéder à d’autres écrits de Certeau. Par la grâce de leurs travaux, son œuvre a continué son voyage parmi les vivants, accomplissant ainsi le vœu d’universalisme qu’Ignace de Loyola avait posé dès les commencements (1540).

Lectures de l’oeuvre

Chacun des orateurs a fréquenté de manière privilégiée une partie de l’œuvre, en raison de sa singularité, de son ampleur et des savoirs multiples auxquels elle recourt. Les découpages effectués diffèrent de l’un à l’autre lecteur-interprète, ils dépendent de plusieurs facteurs : les conditions sociales et intellectuelles qui prévalent dans les différents lieux, les appartenances politiques et religieuses dont chacun relève, le choix des ouvrages déjà traduits, la qualité inégale des traductions disponibles.

Ainsi s’est instauré, d’une région à l’autre, un décalage temporel et conceptuel dans l’appropriation des textes de Certeau. Ainsi sont apparus en divers lieux plusieurs Certeau fragmentaires ou rêvés : celui d’avant mai 1968 qui ne se mêlait guère de l’actualité politique, celui d’avant la rencontre avec Lacan qui ne lisait pas Freud, mais lui préférait les grands auteurs spirituels, celui de L’invention du quotidien devenu sociologue par abandon de la mystique, etc. Ces prélèvements dans une œuvre foisonnante et complexe, dans une pensée toujours en mouvement et se refusant par principe les facilités d’une systématisation, ont parfois conduit à d’étonnantes méprises sur les intentions et le contenu de l’œuvre, en faisant planer le doute sur l’unité et la cohérence de cette pensée.

Aux USA et, généralement en milieu anglophone (sauf en Grande-Bretagne, où subsiste une tradition théologique savante), on connaît peu le jésuite engagé dans les débats du christianisme contemporain, auteur d’un flot soutenu d’articles parus dans Christus, dans les Études ou dans la Revue d’ascétique et de mystique, mais on a beaucoup lu, souvent à l’ombre des Cultural studies et des Subaltern studies, l’analyste subtil des Arts de faire (1980), qui n’hésitait pas à critiquer les héros du jour (Pierre Bourdieu et Michel Foucault). En Argentine, on a apprécié, dès sa parution, la radicalité du Christianisme éclaté (1974, traduit à Buenos Aires en 1976). Dans toute l’Amérique latine, sous le régime des dictatures et des tentatives de révolution, les interrogations aigües de La prise de parole (1968) sur la société politique et celles de La Faiblesse de croire (1987) sur le christianisme ont consonné avec les impatiences de la théologie de la libération sans s’y laisser réduire. Dans le même temps, dans les noviciats de la Compagnie de Jésus, les apprentis jésuites ou ceux, chargés d’expériences, qui revenaient accomplir leur « troisième an » méditaient le Mémorial de Pierre Favre (†1546) dans l’édition de Certeau (1960) que le pape François a souvent louée. Pour les lecteurs allemands, c’est La Fable mystique qui a fait date avec les deux chapitres saisissants consacrés à Jérôme Bosch (tome I, 1982) et à Nicolas de Cues (tome II, 2013), mais la surprise avait déjà été vive en découvrant la méditation du dernier Freud sur Moïse relue dans L’Écriture de l’histoire (1975). Autour de Lacan, certains psychanalystes ont surtout lu et commenté La Possession de Loudun (1970), tandis que d’autres tournaient leur attention vers la résurrection érudite de Surin, ce jésuite mystique contemporain de Descartes, qui fut à la fois l’un des grands écrivains spirituels du XVIIe siècle et, pour de longues années, un pauvre fou réduit au silence dans sa chambrette à Bordeaux (voir le Guide spirituel de Surin, édité en 1963, et la monumentale Correspondance, parue en 1966).

En ce 30ème anniversaire de sa disparition prématurée, ce colloque sera l’occasion, pour une cinquantaine de lecteurs, venus des quatre coins de l’horizon, d’unir leurs voix et leurs talents pour tracer un portrait plus véridique d’un historien exigeant et savant, d’un chrétien engagé dans son siècle, « d’une intelligence sans peur, sans fatigue et sans orgueil » (Marc Augé) dont le parcours intriguait même ses proches compagnons jésuites (comme Joseph Moingt), car il était plus soucieux d’approfondir les questions que de leur donner les réponses qui rassurent. On espère que ce colloque permettra une mise en commun fructueuse des lectures et des interprétations, qu’il apportera à chacun un peu de la lucidité et du courage tranquille de celui qui répétait souvent que nul ne pouvait vivre pleinement sans prendre son risque ( voir L’Étranger ou l’union dans la différence,1969).

Déroulement

Toutes les communications seront brèves, limitées à 15 minutes. Chaque orateur pourra choisir l’une des trois langues du colloque pour s’exprimer. Pour aider la compréhension, on demandera à chacun de rédiger, plusieurs semaines à l’avance, un résumé détaillé de sa communication, qui sera traduit et posté sur le site en version trilingue. Il sera aussi demandé à chaque intervenant de rédiger une courte notice bio-bibliographique, également postée en version trilingue sur le site.

Le nombre d’orateurs invités ne permettra pas d’ouvrir une discussion après chaque exposé. On mettra à la disposition des auditeurs des feuillets sur lesquels écrire une question en indiquant clairement son destinataire. Ces feuillets seront collectés durant chaque session, leur contenu (synthétisé par l’un des responsables de l’organisation) sera communiqué aux destinataires des questions, à charge pour eux d’y répondre brièvement oralement à la fin de chaque session.

Aucune publication d’ensemble n’est prévue, il appartiendra aux orateurs de nouer entre eux des contacts par affinités et d’organiser la circulation écrite de leurs interventions. Ce colloque a pour premier objectif de réunir des interprètes de Michel de Certeau qui ne se sont guère rencontrés, de leur donner l’occasion de comparer leurs cheminements dans l’œuvre et de former ainsi, pour un temps, une « communauté d’interprétation » (Brian Stock).

 

Introduction

Paroles de bienvenue : François Boëdec, s.j. (Président du Centre Sèvres), Luce Giard (Responsable scientifique de la rencontre)

Discours d’ouverture : François-Xavier Dumortier s.j. (Recteur, Rome, Pontificia Università Gregoriana) 

Session 1, Domaine français

 

Jeudi 10 mars 2015, 14h30-16h

Président Christoph Theobald s.j. (Paris, Centre Sèvres, théologie fondamentale et dogmatique)

 

Session 2, Domaine français

 

Jeudi 10 mars 2015,  16h30-18h30

Président Pierre-Antoine Fabre (Paris, EHESS,  Centre CéSor)

  • Patrick Goujon s.j. (Paris, Centre Sèvres, théologie spirituelle et dogmatique)
  • Sophie Houdard (Université de Paris III- Sorbonne nouvelle, littérature  française)
  • Stefano Pepe (Liceo, Rome) : in memoriam Mino Bergamo († 1991)
  • Jocelyne Sfez (Université de Rouen, philosophie médiévale)

 

Session 3, Domaine anglais et américain

 

Vendredi 11 mars 2015, 9h15-10h15

Président Jeremy Ahearne (University of Warwick, Grande-Bretagne, Centre for Cultural Policy  Studies)

  • Andrew Baird ( Independent Scholar, Missouri, USA, History of Consciousness)
  • Ben Highmore (University of Sussex, sociologie des média)
  • Heidi Keller-Lapp (University of California San Diego,  Making of the Modern World)

 

Session 4, Domaine allemand, danois et néerlandais

 

Vendredi 11 mars 2015, 1Oh45-12h15, et 14h30-15h30

Présidents Bernhard Teuber ( Ludwig-Maximilians Universität, Munich, Allemagne, Romanistik) 

  • Daniel Bogner  (Université de Fribourg, Suisse, théologie morale et éthique)
  • Jörg Dünne (Universität Erfurt, Allemagne, Romanistik)
  • Marian Füssel (Georg-August Universität Göttingen, Allemagne, histoire moderne)
  • Andreas Mayer ( Paris,  CNRS-EHESS,  Centre Alexandre Koyré)

A partir de 14h30

  • Wim Weymans (Antwerpen Universiteit, Belgique, philosophie politique) : in memoriam Koenraad Geldof († 2009)
  • Iñigo Bocken (Nijmegen Universiteit, Pays-Bas,Titus Brandsma Institut)
  • Kasper Risbjerg Eskildsen (Roskilde University, Danemark, History of science)

 

Session 5, Domaine italien

 

Vendredi 11 mars 2015, 16h-18h30

Présidents Martín M. Morales s.j. (Rome, Pontificia Università Gregoriana, histoire de l’Église) et Antonella Romano (Paris, EHESS, Centre Alexandre Koyré)

  • Giorgio Mangani (Independent scholar, Ancona, Italie, histoire de l’espace)
  • Luigi Mantuano (Sezze Romano, Italie, Liceo, philosophie et sciences sociales)
  • Diana Napoli ( Rome, Liceo, historiographie)
  • Edoardo Prandi ( Rome, Istituto Massimiliano Massimo, histoire du christianisme)

 

Session 6, Domaine espagnol (surtout Amérique latine) et portugais (Brésil)

 

Samedi 12 mars 2015, 9h15-12h15

Présidents Alfonso Alfaro (Artes de México, histoire de l’art et de la Compagnie) et Rafael Mandressi (Montevideo, Uruguay, et Paris, CNRS-EHESS, Centre Alexandre Koyré)

 

Session 7, Domaine turc, chinois et japonais

 

Samedi 12 mars 2015, 14h30-17h

Président Benoît Vermander s.j. (Shanghai, Fudan University, anthropologie religieuse)

  • B. Harun Kuçük (Philadelphia, USA, University of Pennsylvania, histoire des sciences)
  • Mark Larrimore (New York, New School for Liberal Arts, anthropologie religieuse)
  • Jin Lu (Purdue University Calumet, Indiana, USA, littérature française)
  • Nicolas Standaert s.j. (Leuven, Belgique, Katholieke Universiteit, sinologie et  histoire de la  Compagnie)
  • Stefan Tanaka (University of California San Diego, Communication)
  • Yu Watanabe ( Université de Tenri, Japon, histoire et spiritualité)

 

Conclusions

 

Samedi 12 mars 2015, 17h30

 

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